Défi de L'Île de Montréal128 km en patins alignés |
Plusieurs patineurs n'ont jamais osé rouler dans la pluie, et hésiteront d'entreprendre le Défi s'il y a
menace de pluie. C'est dommage! Car l'expérience de rouler dans la pluie, surtout lors d'une course,
peut être fort plaisante et même exaltante, grâce à cette intimité particulière
que la pluie instaure entre nous et la Nature. Tout ce qu'il faut c'est un degré de confort essentiel, une bonne attitude,
et la confiance que les roulements en sortiront sains et saufs.
À l'intérieur, la première couche (celle contre la peau) est la plus importante. Éviter le coton! Une mince chemise de polypropylène retiendra beaucoup de chaleur corporelle, tout en rejetant la transpiration vers l'extérieur. Ce que vous ajouterez là-dessus dépendra de la température. Même si les couches intermédiaires deviennent tout à fait humides, si la première couche est bonne vous serez bien. Dans le froid, la laine peut être un très bon choix parce qu'elle retient la chaleur même quand elle est mouillée.
Ne négligez pas vos jambes s'il fait froid. Si vos genoux sont sensibles au froid, mettez des genouillères, ou entourez-les de petits coupe-vent faits de sacs de plastique, attachés avec du duct tape sinon avec du ruban adhésif médical. Pour le reste, le moindre collant aux jambes longues vous protégera mieux que des jeans mouillés. Dans le froid, un collant pour les sports d'hiver fera l'affaire.
Les mains aussi peuvent avoir besoin de protection, car quand on a froid le corps envoie
moins de sang aux extrémités. Je recommande les tout petits gants de prolypropylène que portent
les coureurs de marathons. Ils retiennent la chaleur mais pas l'humidité, et vous
n'aurez aucune difficulté à mettre par-dessus vos protège-poignets, glisseurs, etc.
Dans une pluie légère ou de courte durée il n'est pas nécessaire de protéger les bottines. Cependant, si on doit rouler là-dedans pendant des heures, ou si on risque d'encontrer des flaques d'eau, tout d'abord il y a le confort à considérer, en plus les bottines sèches gardent leur forme beaucoup mieux.
Si vos patins permettent d'enlever les châssis, enlevez-les donc pour mettre chaque bottine directement dans un sac. Ensuite, percez un trou pour chaque boulon, et installez les châssis de l'extérieur du sac. Y a-t-il d'autres trous de boulon qui ne sont pas couverts? Bouchez-les, ou couvrez-les avec du ruban adhésif imperméable.
Si vos patins ne permettent pas d'enlever les châssis, coupez une tranche dans le fond de chaque sac, juste assez long pour laisser passer les roues. Il faut maintenant assurer que le joint entre le sac et le dessous de la bottine soit parfaitement étanche. Ici c'est le duct tape qui sert le mieux, et s'il faut élargir le trou, faites-le afin de permettre au ruban d'adhérer à autant de surface de bottine que possible. Travaillez soigneusement pour éviter toute possibilité de laisser entrer de l'eau.
Lorsque viendra le moment de mettre vos patins, mettez d'abord un élastique qui attendra en haut de votre cheville. Ensuite, chaussez vos patins et attachez-les bien. Servez-vous maintenant des élastiques pour refermer les sacs sur vos mollets, et si vous portez un collant, baissez le revers des jambières pour qu'il recouvre le haut des sacs. Évidemment si vous portez des chaussettes elles ne doivent pas dépasser les élastiques. Faites pour que l'eau ne puisse pas dégouliner le long de vos jambes jusque dans les bottines.
C'est maintenant qu'on ajoute du ruban adhésif pour mouler les sacs autour des bottines.
Au lieu de duct tape, je recommande d'utiliser du
ruban blanc médical. S'il vous arrive de vouloir ajuster vos bottines (reserrer les lacets par
exemple) le duct tape créera des problèmes. Avec du ruban blanc médical vous pourrez l'enlever facilement
sans déchirer vos sacs. Un autre moyen d'attacher
les sacs en permettant de les rouvrir serait des attaches au velcro.
Une fois préparé ainsi, on peut penser au choix et à la préparation des roulements pour la pluie. Plusieurs recommandent les roulements à graisse ou à gel, les Twincam à gel ayant bonne réputation. Personnellement je préfère toujours les roulements à l'huile, toujours avec un côté ouvert pour faciliter le nettoyage rapide. Pour la pluie, je mettrais du Boss Speed Cream (un liquide), un gel, ou une huile plus épaisse que pour les courses -- jamais avec de l'aérosol puisque ça se lave vite dans la pluie. Les gels sont plus rapides que les graisses, et protègent aussi bien.
Plus important que le lubrifiant, peut-être, c'est le choix du roulement. Plusieurs recommandent les roulements bien scellés, moins pour empêcher l'eau d'entrer que pour réduire au minimum la crasse qui l'accompagne. Pour ma part je souligne la différence entre les roulements dont la cage est en métal et ceux dont la cage est en plastique (dacron, nylon etc). Métal sur métal, ça grince quand le seul lubrifiant qui reste est la pluie. Avec les cages en plastique on n'a pas ce problème, c'est pourquoi je n'hésite jamais à sortir dans la pluie avec mes meilleurs roulements, des Boss Swiss.
Finalement, lorsque vous savez que vous roulerez longtemps dans la pluie,
protégez vos roulements en mettant une mince couche de vaséline sur l'extérieur.
Pour rouler avec plaisir dans la pluie, le truc c'est justement de privilégier le plaisir. Poussez moins fort, prenez une cadence un peu plus rapide avec des poussées moins longues. Soyez sûr de poser les patins directement en-dessous de votre corps, et n'ayez pas peur de mettre le poids entier sur un patin à la fois. S'il y a risque de dérapage, ce ne sera pas quand votre patin est en-dessous de vous, mais à la fin d'une poussée. Rouler dans la pluie est une très bonne pratique pour le retour de jambe, ce demi-cercle où l'on récupère le patin qui vient de pousser pour le remettre en position directement en-dessous du corps. Faites ce mouvement en pensant à vos genoux. Si, en récupérant le patin qui vient de pousser, vous faites effleurer ce genou-là contre l'autre, vous serez bien centré et le transfert de poids sera plus efficace. Et si le patin qui pousse dérape tout d'un coup, vous ne chuterez pas parce que l'autre sera là.
Roulez pour le plaisir, non pas pour terminer. Regardez autour de vous, en ouvrant grand les yeux, en respirant profondément l'odeur enivrante de la pluie. En voyant mieux les dangers à éviter, vous verrez les couleurs des choses mouillées, plus riches et plus intenses. Vous vivrez la douleur et la fatigue comme des sensations parmi d'autres, naturelles et acceptables, et vous serez ravi du fait d'être vivant et capable de faire ça!
Rod Willmot